Rouen : la bijouterie Lepage crée des bijoux en 3D

Innovation. Le monde de la joaillerie passe au numérique avec un logiciel permettant la création à 360°. Avant l’arrivée d’une imprimante 3D.

Au sous-sol de la bijouterie Lepage, l’atelier est séparé du magasin par une simple paroi de verre. Les clients peuvent ainsi observer, en toute transparence, l’artisan Ludovic Dworaczek répéter les mêmes gestes traditionnels pour donner vie à des bijoux éternels. À voir les outils polis par des décennies de savoir-faire, difficile d’en déduire que le petit monde de la joaillerie est en pleine révolution numérique. Lepage vient pourtant de faire l’acquisition d’un logiciel permettant la création de bagues, pendentifs et autres boucles d’oreilles en 3D. « On aura toujours besoin de la main de l’homme pour sertir les pierres, réagit Ludovic Dworaczek. Mais la 3D va nous offrir tellement de possibilités… »

Avec une imprimante 3D, un modèle en cinq heures

Jusqu’à présent, les bijoux prenaient d’abord forme sous les traits de crayon de Coralie Bonino, créatrice dessinatrice. « Je présentais au client deux ou trois vues : de profil, de dessus… Avec le logiciel en 3D, je peux présenter une vue à 360°. » Surtout, toutes les hésitations sont permises : or jaune ou or rose ? Rubis ou saphir ? Et pour maintenir la pierre, des griffes carrées, rondes ou en forme de cœur ? « On ne pourrait pas vous faire cent dessins pour vous montrer toutes les possibilités. Avec le logiciel, c’est instantané », annonce Coralie Bonino qui, en deux clics, troque une perle noire contre une perle blanche, sur un pendentif qu’une cliente veut offrir à sa fille.

À terme – en 2018 – la bijouterie devrait s’équiper d’une imprimante 3D qui permettra de créer des résines, c’est-à-dire des modèles en cire des bijoux à fabriquer. « La résine nous évite de forger du métal inutilement, et permet d’avoir un meilleur aperçu du bijou avant la réalisation finale », résume Ludovic Dworaczek. L’imprimante 3D accouche d’un modèle en cire en trois à cinq heures, « ce qui est un gain de temps considérable. Je mets nettement plus de temps ! ».

La conception du bijou en lui-même reste un travail manuel… Du moins pour l’instant. « Il existe des prototypes d’imprimantes 3D permettant de fondre l’or. Pour des réalisations simples, comme des alliances. Mais on n’en est qu’aux balbutiements ! Et il y aura toujours une partie qui ne pourra jamais être usinée », estime Valérie Lefrançois, gérante, avec son mari, de la bijouterie installée à Rouen depuis plus de soixante-dix ans.

Dans un avenir pas si éloigné de la science-fiction, la machine pourrait donc remplacer, en partie, la main de l’homme. Mais l’imagination, seule capable de sublimer un diamant dans un écrin d’or, ne sera, elle, jamais numérique.

Source : http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/rouen–la-bijouterie-lepage-cree-des-bijoux-en-3d-NP10798995